PENSER LES MUSIQUES EN MOUVEMENT

Chevillée au coeur des musiques du monde, l’idée de voyage, d’odyssée musicale, de nomadisme artistique. Il y a bien dans le propos de la Compagnie Rassegna cet appel à une circulation géographique, extensive, parmi les ressources d’une Méditerranée nourricière : étendue à ses quatre composantes latine, balkanique, orientale et africaine, c’est en elle que le collectif puise son matériau initial, les données de sa grammaire sensible.

Mais à ces invitations à l’exil créatif et au dépaysement, la compagnie combine une dimension proprement intensive. Menée par le guitariste Bruno Allary, elle s’empare de ces héritages pour les questionner et les confronter, pour révéler ce qu’ils ont de familier au cœur, mais aussi de profondément énigmatique.

Guidée par son goût du décentrement, la Compagnie Rassegna travaille à déjouer les grands partages — modal/tonal, sacré/profane, savant/populaire — qui font l’ordinaire de la pratique musicale, au profit d’une fluidité assumée des genres et des formes. Affranchie du cours lénifiant du temps, elle façonne une histoire vigoureuse, aux temporalités contrariées, où l’anachronisme, comme ressort créatif central, joue pleinement de son pouvoir de provocation.

C’est que le travail du collectif se distingue par une sensibilité aux passages, et à ces zones de turbulence où styles, pratiques, et époques s’entrechoquent en une remuante indiscipline. Pour mieux la servir, l’instrumentarium mobilisé se fait boîte à outils sonore, se joue des frontières entre instruments traditionnels et dispositifs actuels, et hybride au gré des besoins, guitare baroque et synthétiseur analogique, saz et instruments électriques.

Au fil des créations, la compagnie Rassegna dessine des paysages musicaux hérissés de singularités, explorant avec bonheur une esthétique de l’entre-deux qui trouble les genres et les codes, et en creux de l’artistique, questionne les représentations tacites propres aux imaginaires de Méditerranée.

La Compagnie Rassegna au festival Eurofonik 2019, avec « Chants populaires de Méditerranée »